Hérédité versus apprentissage. Partie 19

Au fil des semaines, je partagerai avec vous des écrits de l’un de mes professeurs en éthologie, Michel Chanton. Véritable pionnier, M. Chanton a consacré plus de 55 ans de sa vie à l’étude scientifique de la relation entre le chien et les humains, faisant de lui l’instigateur du métier de comportementaliste en France.

Éblouie par les connaissances que cet homme m’a transmises, j’ai décidé de partager avec vous, au fil des semaines, quelques uns de ses écrits, que j’ai soigneusement choisis. Ils sont tirés du livre de Marie-Claire Perrot, intitulé « Y’a un os avec mon chien ».

Je vous invite donc à visiter le site à toutes les semaines.

19ième semaine: « Parmi l’ensemble des comportements d’un chien de compagnie, quelle proportion découle d’un apprentissage, et quelle proportion découle de son hérédité?»

Réponse de Michel Chanton, éthologue: «Même s’il est difficile de parler de pourcentage, on peut essayer d’évaluer cette proportion. Je considère que les deux tiers des comportements du chien familier sont le résultat d’un apprentissage non-transmissible, c’est-à-dire effectué au cours de notre relation avec lui. Par exemple, le chien apprend à notre contact dans quel espace il peut circuler, quel espace lui est interdit, ce qu’il peut faire, ce qu’il peut obtenir, et ce qu’il vaut mieux qu’il ne fasse pas. Tout cela constitue un réseau de contrats: des sortes de contrats tacites que l’on passe sans cesse avec son chien. C’est ce qui fait son apprentissage, qui forge son comportement individuel. En revanche, tout ce qui ressort de sa conversation physique, de la nécessité de rester en vie (cela inclut la peur, une émotion indispensable à la survie), existe à l’état latent chez le chien comme chez tout individu vivant. Ensuite, il devra apprendre de quoi avoir peur, à quel point et comment résoudre la difficulté qu’occasionne cette peur. Le chien possède de manière innée les potentialités et les possibilités de son espèce. Ensuite, pour que ce potentiel lui soit accessible, il faut qu’il apprenne.

C’est la même chose chez l’enfant humain. Pour être plus précis, au sein d’une espèce se transmettent des comportements phylogénétiques, sans apprentissage, qui répondent avant tout à une nécessité de survie. Citons par exemple le bébé qui sait téter dès qu’il vient au monde, ou encore le poussin qui picore dès sa sortie de l’oeuf. Puis vient un modelage de l’individu par le milieu, au sens le plus large du terme. Ce développement par apprentissage se nomme l’ontogenèse.»

Bonne semaine!


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